Edith Butler

Je suis née à Paquetville en pleine terre d’Acadie dans la maison de mon oncle Alexis. À huit kilomètres de la mer, entouré de belles forêts d’érables sucrés, mon village comptait quelques six cents habitants dont 102 Butler !…

À Paquetville, en ce temps-là, on se transmettait le savoir de père en fils et de mère en fille. C’était un univers sans livres ou presque, un univers fascinant rempli de contes et de légendes, de chansons précieusement conservées par la mémoire collective d’un peuple qui n’avait pas oublié ses malheurs et qui s’était doté d’une joie de vivre à toute épreuve comme d’une arme de combat.

Je fus « délivrée » comme tant d’autres bébés de mon village par la garde Édith Pinet dont je porte fièrement le prénom.

Au-dessus de mon berceau trois autres fées se sont penchées :

- Ma mère Lauretta Godin m’a transmis son goût pour la musique et m’a appris la création au quotidien.

- Ma grand-mère Louise Paquet m’a léguée le respect de la nature et a enrichi ma mémoire de ses fabuleux souvenirs de défricheuse de l’Ouest canadien .

- Ma marraine Lily Branch m’a initiée au grégorien et au plain chant .

À cette époque, mon père Johnny Butler, membre de la Royal Air Force, était basé à Terre-Neuve. C’était très loin de mon village. Quand on s’est rencontré pour la première fois, j’avais déjà six mois. Mais, quelle rencontre !

Conteur hors pair, il a voulu m’apprendre, sur le comptoir du magasin général de mon grand-père, à compter des sous et à raconter des farces. Il a mieux réussi avec les farces qu’avec les sous : les menteries, où l’art de rallonger les histoires par les deux bouts, font partie du tempérament enjoué et bon vivant des acadiens. C’est une forme de santé mentale. Notre revanche sur l’Histoire et sur le « grand dérangement » qui nous a tout pris.

J’avais trois ans lorsque je commençai à faire résonner le piano de ma mère . Grande motivatrice, elle m’encouragea si bien que je m’intéressai aussi au violon et à l’accordéon. Je me sentais plus à l’aise à faire « sonner » l’instrument qu’à chanter. Car j’étais d’une timidité folle lorsqu’il s’agissait de parler. Il a fallu attendre le Collège Notre-Dame d’Acadie et tout l’art persuasif de Cécile Maillet pour me convaincre que chanter n’était pas parler, que ce n’était que l’accompagnement de ce que je jouais à la guitare dans le salon familial pour mes tantes qui arrivaient des États !…C’est grâce à ce stratagème que je lui permis un jour d’ouvrir les rideaux du Théâtre devant moi et que j’osai chanter trois chansons devant un public d’étudiants. Cela s’est su et, du Collège à l’Université et de l’Université à « Sing Along Jubilee » ma carrière venait de débuter.
Mais, je l’ignorais.

Et je rentrai chez moi pour enseigner à la petite école de Trudel. J’y ai plus enseigné de chansons que de maths ce qui n’empêchait pas les élèves de sauter par la fenêtre quand il faisait trop beau dehors et qu’il y avait encore des poissons à pêcher dans le ruisseau du curé ! Après cette expérience, plus champêtre qu’éducative, je récidivai et devins prof de sciences au Leblanc High de Bathurst.
C’est pendant les grandes vacances de cet été-là que je servis de guide à des chercheurs de l’Université Laval en quête de chansons et de traditions populaires. Étonnés par mes connaissances en ce domaine , ils m’incitèrent à poursuivre mes études. Je m’inscrivis donc à la Faculté des Lettres de l’Université Laval à Québec. Pendant les trois années d’études qui m’ont menée à la maîtrise, j’ai chanté dans toutes les boîtes à chansons et à toutes les émissions de radio et de télévision où la chanson avait sa place.

J’ai également eu la chance de participer à tous les grands festivals folkloriques des États-Unis et du Canada. J’y ai entre autres rencontré Bob Dylan, Buffy St-Marie, Joan Baez, John Hammond,et Dough Kershaw qui ont eu une certaine influence sur mon côté « folksinger » . C’est à ce moment là que s’est produit le tournant décisif dans ma carrière : j’ai refusé un contrat de disque aux États-Unis parce qu’il m’aurait fallu chanter en anglais et abandonner le projet que j’avais formé de faire connaître l’histoire, la culture, les traditions et les chansons du peuple acadien.

C’est donc dans la langue de mes ancêtres et munie de mon frais savoir universitaire que je m’envolai pour le Japon au moment de l’Exposition Internationale d’Osaka. J’y demeurai six mois à y donner des spectacles à raison de trois par jour (500 en tout) à travers tout le Japon et plusieurs de ses îles. Ce fût pour moi un choc culturel profond qui a modifié ma vision du monde et changé radicalement mon rythme de vie. Jusque là, je ne me sentais pas encore prête à opter pour ce métier. C’est au Japon que j’ai rencontré beaucoup d’artistes québécois (Vigneault, Léveillée, Ferland..) des agents, des producteurs, des promoteurs, des musiciens et que j’ai compris que c’était ma voie.

À mon retour au Québec, j’ai épousé Robert Grenier, archéologue sous-marin grand découvreur de trésors , épris comme moi d’histoire et de découvertes. Nous vivions au début à Restigouche près de la Réserve des Indiens MicMacs entouré de quinze chiens et de deux chevaux. Entre les fouilles archéologiques, j’ai entrepris de grandes tournées de spectacles à travers l’Irlande, l’Angleterre, le Canada d’est en ouest et une partie des États-Unis. Jusque là, j’accepte ou refuse les engagements selon mon humeur du moment.

Mais, voilà qu’en 1973 la maison Columbia Records me propose un contrat de disque , et que j’accepte, et Lise Aubut devient mon impresario . Elle prend ma carrière en mains et décide de la propulser sur le plan international .
S’ensuivront de grandes et de nombreuses tournées en France, en Suisse, et en Belgique. Les grands festivals, le Printemps de Bourges, Le Théâtre de la Ville de Paris, Les Francofollies de La Rochelle et l’Olympia de Paris , le grand Prix de l’Académie Charles Cros, le Prix International de la Chanson Française, les Félix, les Nelly Award, les disques d’or et de platine.

Que dire encore ? Dans ma vie quotidienne, j’aime les chats, j’en ai trois. J’aime cultiver les roses, les légumes. J’aime bricoler, faire la cuisine, marcher dans la forêt, boire de bons vins « pitonner » sur mon ordinateur et surfer sur l’Internet.

Pour en savoir plus 
http://www.edithbutler.com/

3 commentaire

  1. Super et en plus vous aimez les chats. Jean Marc

    1
  2. Ça rappelle de bons souvenirs… Ronald

    2
  3. salut je vous ais decouvert grace à J-L Foulquier sur france inter dans polen ainsi que chez M Drucker, je me souviens d’un fabuleux spécial noel à quebec un d’un superbe duo avec C Lara. Je vous ai vu une seule fois sur scene prés de chez moi en Avignon ; j’ai hate de vous revoir un jour sur scene car il y à 23ans de cela. A bientot

    3

Laisser un commentaire