(extrait du journal la Presse Nathalie Petrowski)
Il y a plusieurs années quand il était encore un jeune pilote de Formule 1, Jacques Villeneuve avait déclaré aux médias montréalais qu’il se sentait parfois comme une souris en cage. Hier, la souris a définitivement quitté sa cage pour s’aventurer dans le merveilleux mais féroce monde de la musique, avec une nouvelle carte de visite en forme de CD financé à compte d’auteur et portant le titre de circonstance de Private Paradise. Paradis privé.
Ce CD enregistré à Londres était lancé hier en grande pompe au Newtown devant un parterre peuplé uniquement de médias, pour ne pas dire de médias furieusement sceptiques quant aux talents de chanteur de Jacques Villeneuve. Qu’à cela ne tienne, à 15 h pile, l’ex-pilote de Formule 1 recyclé en chanteur folk rock s’est avancé sur la scène étriquée et, selon sa propre expression, a sauté dans la gueule du loup, « parce que c’est la seule façon de voir ce que tu vaux en essayant dans la mesure du possible de ne pas te planter. »
Au public pas nécessairement en délire à ses pieds, ainsi qu’à sa femme parisienne, à son copain Garou et à son agent Craig Pollock, il a offert trois chansons complètes dont une dédiée à son père et écrite en partie par sa soeur Mélanie. Cette dernière est montée sur scène la chanter avec sa belle voix de velours à des années-lumière de la voix râpeuse de son célèbre frangin.
Pour un type habitué à foncer à 300 km/h en toute confiance, Jacques Villeneuve manquait étrangement d’aplomb et d’assurance. Je lui ai demandé comment un pilote aussi téméraire que lui pouvait, à la simple vue d’un micro, être réduit à ce monument de timidité rougissante. Il n’a pas compris de quoi je parlais. Timide, lui ? Voyons donc…
« Ce n’est pas de la timidité ni du manque de confiance, a-t-il répondu. C’est juste que je ne veux pas attirer toute l’attention sur moi. Je n’ai pas envie de sauter partout ni de draguer le public. De toute façon, si je le faisais, ça serait fake. Moi, ce qui m’intéresse c’est de chanter mes chansons, c’est tout. Je ne veux pas nécessairement en faire une carrière. Je veux juste avoir du fun. »
Autant dire qu’il y a mille autre façons d’avoir du fun que celle choisie hier par Jacques Villeneuve. Alors que la course en Formule 1 lui permettait de s’enfermer dans sa bulle pendant deux heures, la scène, elle, l’a exposé à tous vents, nous révélant hier aussi bien son filet de voix, ses fausses notes, une certaine inhibition physique qu’une collection de chansons, écrites pour la plupart par les autres et aussi sucrées que les cornets de bonbons rouges distribués gracieusement à l’entrée. Mais Jacques Villeneuve ne voit pas les choses ainsi. Pour les fautes notes, par exemple, il s’en fout.
« Une fausse note ce n’est pas grave. Ce n’est pas comme foncer dans un mur avec ta voiture. Tu ne risques pas de perdre la vie avec une fausse note, alors moi, je ne m’en fais pas avec ça. »
À ceux tentés de lui reprocher d’être un chanteur millionnaire et dilettante qui tue le temps en faisant des CD, il répond honnêtement : « Oui, c’est en partie vrai, je suis un millionnaire qui s’amuse à faire de la musique. Si je n’avais pas fait de la course automobile, pas un média ne se serait pointé ici pour mon lancement. Mais dans la vie, faut savoir se servir de ses atouts. Tant mieux si je suis connu et que j’ai de l’argent. »
Tant mieux en effet, mais est-ce que l’argent et la notoriété donnent du talent ? Je pose la question brutalement à Jacques Villeneuve qui répond : « Je ne sais pas si j’ai du talent, mais je sais que je suis fier de ce que j’ai fait. De toute façon, le talent, ça ne tombe pas du ciel. Faut travailler. Une chanson, ce n’est pas que de l’inspiration. C’est des règles, des réflexions, une mécanique, quoi. »
La mécanique, nous y revoilà. Dans la vie de Jacques Villeneuve, elle semble mener à tout. Aussi bien à la course automobile qu’à la course aux chansons. Mais si le talent c’est le travail, alors Jacques Villeneuve devra travailler très fort au cours des prochains mois. Apprendre à chanter ne serait pas une mauvaise idée non plus. Quant aux fausses notes, c’est vrai qu’elles ne sont pas dangereuses. Reste qu’à la longue, elles donnent parfois, à ceux qui les écoutent, l’envie de se frapper la tête contre les murs.