Loco Locass fait du CH son fleurdelisé 

Loco Locass fait du CH son fleurdelisé 

Le geste de Loco Locass pourrait difficilement être plus étonnant – voire controversé aux yeux de certains -, si on en juge par les commentaires qui ont fait surface sur Internet au cours des derniers jours. Pourfendeur des libéraux et de tout ce qui symbolise l’establishment anglophone, Biz, Batlam et Chafiik voient néanmoins dans l’histoire passée du CH une métaphore de la marche des Québécois, « une métaphore de notre sort », comme le dit la chanson.

« Tous les trois, nous sommes des fans de hockey. Batlam et moi, qui sommes de Québec, nous avons été orphelins longtemps… Du moins jusqu’à temps qu’on cesse de bouder notre plaisir et qu’on se rattache à la seule équipe qui nous reste, la seule équipe nationale du Québec. [...] Nous sommes évidemment conscients du clin d’oeil par rapport à Loco Locass… Mais c’est la première fois que le CH rallie tous les Québécois. On le dit dans la chanson : “En des temps si lointains qu’les francos s’appelaient Canadiens”… C’est représentatif du pillage identitaire des Québécois par la nation canadienne qui n’est pas capable de se définir par elle-même », a soutenu Biz, en entrevue au Soleil lundi.

À en croire le rimeur, le rapt ne date pas d’aujourd’hui. Aux Glorieux, il faudrait aussi ajouter le castor, la feuille d’érable et l’hymne national !

« Quand j’entends des nationalistes imbéciles comme Don Cherry (Hockey Night in Canada) dire qu’on ne devrait pas chanter l’hymne national en français, j’ai envie de dire : “Heille, ducon ! C’est nous autres, ça !” » s’est-il indigné.

Envie d’être rassembleurs

Aux yeux des trois rappeurs, il n’y a donc pas de contradiction entre le fait de porter le message souverainiste et celui de propager la flamme flanellique !

« Cette chanson-là, elle parle des Canadiens, du hockey, mais on espère aussi qu’elle sera rassembleuse. Avec Libérez-nous des libéraux, on a écrit une chanson assez divisante… Avec le Canadien, anglos et francos s’entendent pour détester Toronto ! À Montréal, c’est la seule fois où l’on peut s’entendre avec son voisin anglophone. Le tissu social de Montréal, c’est la Sainte-Flanelle », a affirmé le leader de Loco Locass, qui « cassait » sa pièce en public lundi, sur l’esplanade du Centre Bell.

Selon le rappeur de Québec, qui achève sa conversion de fan des Nordiques à fan du Canadien, cette observation vaut également pour le reste de la province.

« Présentement, la société québécoise est divisée, stagnante. À une certaine époque, on construisait les plus grands barrages au monde. Aujourd’hui, on n’est même plus capables de bâtir un hôpital [CHUM]. Il y a la division malsaine entre Québec et Montréal… Quand le CH gagne, c’est pas mal le seul pôle qui rassemble les Québécois. Et même à Québec ! Mon père s’est fait voler le drapeau du Canadien sur son char à l’aréna Bardy ! Le Canadien rassemble toutes les langues, les religions, les classes sociales confondues. La chanson va dans ce sens-là. »

Biz admet toutefois que conférer une telle symbolique à une équipe sportive professionnelle peut sembler réducteur. Mais il insiste : il s’agit d’une image. Une image qui s’est imposée après que le groupe a visionné Maurice Richard, un film qui a ému Chafiik au plus haut point.

« Chez les Québécois, Maurice Richard, c’est le symbole de la victoire collective. C’est tout le peuple qui pousse dans le même sens. Parce qu’on a une histoire de perdants au Québec ! La seule fois où on est des gagnants, c’est au hockey », a estimé Biz, qui cite également René Lévesque dans son texte, mais voit plutôt en Georges Laraque l’image d’un Québec nouveau.

En processus d’écriture depuis trois ans, la chanson Le but de Loco Locass, qui sera le premier extrait d’un album à paraître à l’automne, est en outre inspirée des chants de stade européens.

On trouve le texte complet de la chanson sur blogues.cyberpresse.ca/arts-du-soleil

Vilain Pingouin appuie aussi le Canadien

Loco Locass n’est pas la seule formation à s’être laissée inspirer des exploits du Canadien pour créer une chanson. Il y a quelques jours, le groupe Vilain Pingouin a lui aussi fait paraître un hymne aux Glorieux intitulé Les habitants (Go Habs Go).

Sur un air entraînant, le chanteur Rudy Caya (photo) chante : « Hé ! Ho ! Go Habs Go !/Un autre entre les poteaux !/Un dernier coup de patin pour aller vers la victoire/On est des millions à tenir le flambeau/Je sais que c’est juste un sport/Mais pour nous, c’est notre histoire ».

Composée lors d’une séance d’improvisation, la pièce d’encouragement peut être téléchargée gratuitement sur le site www.vilainpingouin.com. Le vidéoclip qui accompagne la chanson peut être vu au même endroit.

Kathleen Lavoie
Le Soleil

( extrait de Cyberpresse)


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